« Nous vivons une vie, nous en rêvons une autre, mais celle que nous rêvons est la vraie. »
J. Guéhenno.
Etant donné que le bonheur s’étend à tout le monde la notion est de surcroît universelle. Mais étant donné que nous sommes tous unique, elle ne peut être donc représentée que sous des formes infinies.
Le bonheur, pour donner une définition rapide, est à la fois illusoire et éphémère mais aussi source de malheur et de plaisir. Le bonheur est une chimère dérisoire toujours à portée de main.Pourquoi le bonheur serait-il source de malheur? Et comment faire pour trouver un simulacre de bonheur?
En effet le bonheur s’il n’est pas satisfait devient inévitablement une souffrance. De plus, certains domaines de désirs ne peuvent être et ne seront jamais réalisables comme par exemple, échapper à la fuite du temps ou avoir une autre vie… Le bonheur est ainsi, plus considéré comme une illusion, un idéal de l’imagination, un concept indéterminé.
Pour Kant, le bonheur est certes ce que tous les hommes recherchent, mais aucun d’entre eux ne s’accordent à lui donner une définition, aussi est-il un concept indéterminé, un objet sur lequel se sont portés nos désirs accidentellement. Le bonheur finit alors par se définir en fonction des espoirs, des désirs, de la culture… Le bonheur ayant des motivations rebelles il nous sera en définitif impossible de déterminer le « souverain bien ».Outre cette idée et nous en faisons tous l’expérience, nos désirs ne se portent jamais sur un seul et même objet mais en plus, une fois l’objet en notre possession, le plaisir qu’il nous procurait s’évanouit, ainsi nous tournons nous automatiquement sur un autre objet. Nous nous trouvons donc confronté à des bonheurs relatifs et un côté individuel du bonheur. Il va de soi que tout désir porté sur un objet est avant tout le résultat de notre individualisme. L’universalité du désir est donc rejetée.
Ne pouvant pas partager nos goûts, notre expérience du bonheur, nous ne pouvons que tester la notion de souffrance. Le bonheur devenant une expérience toujours manquée. Pour Schopenhauer, le bonheur n’est rien mis à part une source de malheur et nous fait vivre dans un monde imaginaire (voir Le Syndrome de Peter Pan).Pour devenir universel il faudrait se détourner de tous préjugés moraux, s’accorder à introduire autrui dans ses désirs. Le bonheur deviendrait un devoir indirect. Les désirs utilisés pour rendre le monde meilleur.
Le Bonheur, béatitude ou félicité. De tout ce que nous pouvons lire à ce sujet, il semble que les plaisirs du corps ne répondent pas au sens commun.
Bien que nous ayons vu plus haut que le bonheur individuel soit une source de malheur, il semble qu’aujourd’hui il soit devenu notre art de vivre et la cause de la prospérité générale. L’Anglais Bentham, philosophe épicurien, affirme que le bonheur individuel est inséparable de la prospérité générale. D’après lui celui-ci se fond sur la conviction des valeurs constitutives du bonheur. L’individu devient ainsi une incarnation abstraite de l’homme en général et le seul objet commun aux hommes correspond à la recherche du plaisir. L'intérêt individuel sera donc d'éviter le mal pour rechercher le bien par le principe d'utilité, c’est à dire "la propriété ou la tendance qu’a une chose de prévenir un mal ou de procurer un bien". A contrario de la connaissance réelle du bonheur, de la béatitude ou plénitude, le genre humain aura au moins la chance de se dire comblé même si ce sentiment ne sera pas durable.Depuis déjà longtemps les hommes se battent pour faire entendre le droit au bonheur. Saint-Just (XVIII è siècle) écrit dans son Discours du treize ventôse an II (1794) « Le bonheur est une idée neuve en Europe ». Par cette phrase il entendait que rien ne peut contrecarrer le bonheur d’autrui. A cette époque (l’après révolution), Saint-Just donne à la Déclaration des droits de l’Homme le pouvoir de rendre les hommes heureux. Et encore aujourd’hui nous attendons de nos lois, de nos sociétés un droit garantie au bonheur. Le bonheur est un droit inaliénable.
Par nos lois nous arrivons à donner une dimension universelle au bonheur bien qu’il soit différent en raison de nos cultures, nos expériences, nos religions… Par nos goûts et plaisirs nous sommes capables, sans troubler autrui ni de paraître égoïstes, de savourer un bonheur individuel même s’il reste partiel et éphémère. Il ne nous reste plus qu’à bien nous connaître pour dire ce qui est réellement capable de nous rendre heureux.Outre les lois et religions notre société utilise un principe vieux de plus de mille ans, la catharsis, le meilleur moyen de se décharger de ses peines (voir La Catharsis).
Comme le rappelait Kant, le bonheur reste avant tout un « idéal de l’imagination ». Trop fragile pour être capté, le sentiment du bonheur est impalpable. Le « souverain bien » demeure pour nous inaccessible.
Pourtant l’homme est prêt à essayer de se satisfaire comme il le peut. Notre société est là pour y pourvoir grâce à ses lois, les religions, les activités comme le cinéma, le théâtre, … Mais comment la catharsis peut-elle réussir à nous soulager et pourquoi ce principe est-il toujours utilisé ?